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 ❖ Et tout vacilla.

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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

► MESSAGES : 294
Mer 12 Jan - 18:51



ET
TOUT
VACILLA


AU REVOIR LES RÈGLES
ET
ADIEU LES LOIS


FICHE DE PRÉSENTATION FICHE DE LIENS


CHRONOLOGIE D'UNE VIE


1963
1 Janvier : Naissance de Lukas Kellen Ustaz.
1962
1963
1964
1965

2000
2001
2002
2003
2004
2005
...
2010



TABLEAU DE FAMILLE


Karl Ustaz {RIP}
Père adoptif de Lukas, Karl Ustaz est un sorcier énigmatique au charisme certain. Issu de la grande aristocratie viennoise, il était fils de Patriarche avant d’en devenir un lui-même, suivant la coutume héréditaire. C’est un sorcier influant dont on dit qu’il excelle dans le domaine des illusions, tant magiques que métaphoriques. Depuis 2009 il a été élu par cooptation Grand Patriarche du Collège des Magiciens de Vienne, et ce pour une durée de dix ans. En acceptant d’adopter Lukas, Karl a changé le destin de ce dernier qui était voué à une mort certaine. Adorateur des Arts et des Lettres, c’est un homme en paix avec lui-même et qui sait conserver la maîtrise de lui-même en toute situation. Il est néanmoins capable de déplacer des montagnes si elles l’entravent dans ses buts. Après qu’il a recueillit Lukas, il entreprit d’importantes recherches afin de retrouver les parents biologiques de ce dernier. Arrivant à ses fins, comme toujours, il n’a partagé ce terrible secret qu’avec sa femme Ann. Bien que plus tard, Grand-mère Margaret ait réussit à s’emparer de l’information. Il a soutenu Lukas dans ses recherches depuis le début, bien qu’il craigne pour sa survie eu égard à la nature de celles-ci.
Le 23 septembre 2010, alors qu'il fouillait la Loge de son fils au Collège des Magiciens de Vienne, Karl est surpris par trois de ses confrères Patriarches. En tentant de les empêcher de pénétrer la Loge, il est frappé par un Avada Kedavra. Il meurt avec un fin sourire. Sa mort a pour conséquence de nommer Lukas Grand Patriarche de Vienne suivant la loi héréditaire des familles patriarcales de Vienne.



Ann Ustaz
Mère adoptive de Lukas, Ann est une sorcière d’origine anglaise. Elle a quitté sa terre natale d’Ecosse peu de temps après la fin de sa scolarité à Poudlard pour se marier avec Karl Ustaz ; et vivre à Vienne. Ils s’étaient rencontrés lors d'un bal mondain à Paris quelques années plus tôt ; au cours duquel elle sut immédiatement que Karl était l’homme de sa vie. Ann est sans doute l’être humain qui correspond le mieux à la définition de l’abnégation. Le renoncement de soi et le sacrifice de son propre intérêt, Ann les a illustrés tout au long de sa vie. Bien que très douée, elle n’a poursuivi aucune étude universitaire afin d’épauler son mari dans toutes les situations. L’aristocratie viennoise étant bien différente de l’anglaise, elle dut en apprendre les mœurs et resté à la place qui lui était assignée, celle de la femme aimante, attentionnée et silencieuse. Ne pouvant avoir d’enfant, l’adoption de Lukas donna un second souffle à sa vie. Mais aujourd’hui elle a peur pour son fils. Effrayée en silence, le danger qui plane autour de Lukas pourrait réveillé en elle une hargne insoupçonnée de tous ; dont celles les lionnes savent faire preuve lorsque la sécurité de leur petit est mise à mal.
Lors de la mort de son mari, Ann semble avoir expérimenté une libération intérieure mêlée à une explosion de son instinct de survie. Elle est restée forte et bien décidée à le devenir encore plus. Même si elle ne l'avouera pas ouvertement, cette femme dont la bonté n'a nul égal n'a qu'un seul but : détruire les Patriarches de Vienne et protéger son fils.


Margaret MacFarlane

UC

Ida Ustaz
UC

Balto

UC







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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

► MESSAGES : 294
Mer 12 Jan - 18:53



UN PETIT PRINCE DES FAUBOURGS EST NÉ ❖
    1 JANVIER 1963

- AAAAARRRRHHH, hurla une femme en plein accouchement dans une pièce lugubre des bas-quartiers de Vienne.
- Continue, mon enfant, je le vois, dit une vielle femme au sourire attendrissant. Ses cheveux sont aussi noirs que l’ébène et il en a plein.
La femme continuait de crier de douleur. Sa chevelure brune glissait sur l’oreiller jaune, autre fois blanc, de son lit constitué d’un matelas posé à même le sol. La vielle femme lui épongeait le visage tout en jetant des coups d’œil nerveux vers la porte toutes les cinq minutes. Et puis un cri retentit, différents des précédents, c’était celui du nouveau-né. La vie venait de s’infiltrer brutalement dans ses poumons, il était encore couvert de sang et d’autres trucs. La vielle femme l’enveloppa dans un linge bleuté brodé main sur lequel on pouvait voir le prénom LUKAS en lettres d’argent. Puis elle le posa dans les bras de sa mère dont les traits du visage tirés par la douleur furent effacés en un rien de temps par le plus beau des sourires, celui qui disait bonjour à une nouvelle vie.
- Lukas, mon fils, dit-elle en le berçant doucement.
Des bruits sourds retentirent aux étages inférieurs. Aussitôt la vielle femme et la mère du petit Lukas se regardèrent.
- Naaaan, pleura la mère en tenant fort son fils contre elle. Nan, c’est impossible.
Des voix d’hommes se firent de plus en plus entendre. Ils se rapprochaient.
- Prenez-le, dit la mère de Lukas en donnant son bébé à la vielle femme. Prenez-le et fuyez. Ne les laissez pas le prendre. Ne le laissez pas l’avoir.
- Et vous mon enfant ? demanda la vielle femme effrayée.
- Ne vous occupez pas de moi, sauvez mon enfant ! supplia prestement la mère de Lukas.
La peur et la tristesse tourbillonnaient dans son regard.
- Partez ! Sur les toits ! ajouta-t-elle en regardant son bébé s’en aller dans les bras de la vielle femme.
Immédiatement, la porte de la pièce sauta sur ses gonds et vola en éclat. Une lumière violette illumina la pièce pendant un instant puis trois hommes, élégamment habillés, firent irruption, leur baguette pointée sur la mère de Lukas.
- Où est ton enfant ? demanda l’un d’entre eux avant d’infliger à la jeune femme des douleurs monstrueuses.
- Sur le toit, là-bas ! s’écria un des sorciers.
Un éclair vert illumina la pièce aspirant la vie de la mère du petit Lukas.
Les trois hommes sortirent par l'unique fenêtre de la pièce et se retrouvèrent sur les toits. La vielle femme avançait difficilement avec le bébé dans ses bras. Pourtant Lukas ne pleurait pas. Il dormait même paisiblement. La vielle femme enjamba le rebord d’une fenêtre et pénétra dans un immeuble abandonné. Lorsqu’elle se retourna, les trois hommes fondaient sur elle sous la forme de trois épaisses traînées de fumée noire. La vielle femme sortit sa baguette et en un mouvement de poignet fit disparaître la fenêtre. Elle put entendre les trois sorciers se heurter au mur. Très vite, elle entreprit de descendre l’escalier.
- Ne t’inquiète pas Lukas, ils ne t’auront pas, dit-elle de sa voix chaleureuse. Accroche-toi.
Elle aussi finit par transplanner, elle quitta l’immeuble désaffecté et se retrouva dans les rues de Vienne. Elle savait que les trois sorciers la suivaient de près. A plusieurs reprises elle sentit des sorts la frôler. La course-poursuite les mena hors des bas quartiers vers le quartier historique de Vienne. La vielle femme ne savait absolument pas où elle allait, elle était plutôt occupée à éviter les sortilèges qui menaçaient de l’atteindre à tout moment.
Elle prit un virage serré pour essayer de semer ses assaillants. Elle se retrouva devant l’Eglise des Augustins lorsqu’un jet de lumière rouge la frappa dans le dos. Son corps, stoppé net dans sa course, s’échoua sur le parvis de l’église. Elle tenait fermement Lukas dans ses bras qui hurlait de sa petite voix de nouveau-né. Le parvis était entièrement vide et très peu éclairé.
Une femme en robe de soirée très élégante accourut près de la vielle femme. Lorsqu’elle se pencha sur elle cette dernière lui donna Lukas.
- A qui est ce bébé ? demanda la femme un peu décontenancée.
- Il est à vous maintenant, répondit la vielle femme dans un murmure à peine audible avant de rendre son dernier souffle.
Aussitôt les trois sorciers apparurent dans la nuit noire.
- Donnez-nous cet enfant Madame Ustaz, dit un des sorciers. Il vient des bas quartiers, vous attraperez la mort ne serait-ce qu’en posant votre regard dessus.
- Je ne comprends pas, dit Madame Ustaz légèrement sur la réserve. A qui est cet enfant ? Et pourquoi cette vielle femme se retrouve morte sur le parvis ?
- Donnez-nous cet enfant Madame Ustaz, dit un autre des trois sorciers avec un soupçon d’agacement dans la voix. Tout ceci vous dépasse.
- Dans ce cas je serai sans doute plus à même de gérer la situation, dit une autre voix émanant du noir. Tout va bien chérie ?
Un homme, grand et élégamment vêtu avait rejoint sa femme. Aussitôt les trois sorciers firent un pas en arrière et inclinèrent légèrement la tête.
- He bien, messieurs, reprit Monsieur Ustaz. Si aucun d’entre vous ne peut me dire d’où vient cet enfant, je vous conseille fortement de prendre congé.
Les hommes relevèrent la tête immédiatement, puis se regardèrent. Aucun d‘entre eux n’osa dire mot. Ils finirent par transplanner tout en sachant qu’ils auraient à affronter la colère de l’homme pour qui ils travaillaient. Ils avaient jugé qu’il valait mieux cela que d’engager un duel avec un des Patriarches de Vienne. Et sur ce point, ils n’avaient pas tort.
- Qui est cet enfant ? demanda Monsieur Ustaz à sa femme.
- La vielle femme a dit que c’était le notre à présent, répondit-elle. Le destin nous offre ce que nous ne pouvons avoir par nous-mêmes.
Monsieur Ustaz prit Lukas dans ses bras. Le nouveau-né attrapa un des doigts du Patriarche et le serra fort. Ce dernier rit légèrement, regarda sa femme puis reposa son regard sur le petit Lukas. Il savait très bien que s'il ne gardait pas cet enfant, les hommes qui étaient à sa poursuite le retrouveraient. L'abandonner, c'était le condamner.
- Nous t’aimerons comme un fils, même si tu ne le seras jamais vraiment.






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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

► MESSAGES : 294
Mer 12 Jan - 18:56



ON NE FAIT PAS UNE OMELETTE SANS TUER QUELQUES PERSONNES ❖
    18 DÉCEMBRE 1989

Le Collège des Magiciens de Vienne se trouvait sous l’Eglise des Augustins qui fut fondée par la famille impériale d’Autriche, les Habsbourgs, en 1327. Le Collège en lui-même fut fondé quelques années plus tard par l’élite de l’aristocratie sorcière d’Autriche. Les fondateurs avaient choisi l’Eglise des Augustins comme pied de nez à ses impérialistes moldus. Depuis plusieurs siècles donc, le Collège était dirigé par la même caste élitiste, les Patriarches. Tous issus de l’aristocratie héréditaire, tous riches, tous éminemment puissants et, comme beaucoup d’organisations de ce genre, tous mâles. Les Patriarches étaient également Professeurs de Magie au Collège et, détenant les clefs du pouvoir conjointement à celles du savoir, cela en faisait des hommes redoutables et respectés pour cela.
Lukas se promenait dans les allées de l’immense bibliothèque du Collège. Les étagères de livres s’étendaient à perte de vue et semblaient même faire office de piliers au haut plafond. Il régnait un silence de mort dans cet endroit, seul le bruit émoussé d’une page qui se tourne se faisait entendre de temps à autre, quelques pas par ici et par là, des murmures osant à peine sortirent de la bouche de leur propriétaire et immédiatement avalés par la grandeur angoissante de l’endroit. Il n’y avait bien évidemment aucune fenêtre, la lumière était procurée par des torches, des immenses chandeliers sur pied aux centaines de bougies placés à chaque intersection d’allées et, presque partout, il y avait des cierges et lumignons individuels qui flottaient dans les airs, esseulés mais réconfortants et lumineux. Car, aussi étrange que celui puisse paraître pour une bibliothèque, l’endroit était très sombre. A vrai dire si vous vous trouviez dans une allée où il n’y avait pas de lumignon, inutile d’espérer pouvoir y lire un livre, on ne pouvait même pas savoir s’il y avait quelqu’un. Heureusement, un enchantement permettait aux lumignons et cierges individuels de suivre une personne dès qu’elle mettait les pieds dans la bibliothèque.
Lukas était donc entouré de trois cierges. Il portait la toge traditionnelle noire à capuchon. Au Collège des Magiciens de Vienne, le noir était réservé aux sorciers qui avaient finit leurs études mais qui étaient toujours affiliés à l’institution, on les appelait les Liseurs. Les toges rouges, elles, étaient portées par les Patriarches qui enseignaient aux étudiants, ces derniers portant des toges blanches. En tant que fils de Patriarche, Lukas était prédestiné à porter le rouge dans un futur relativement lointain. Et comme tout élève du Collège, il avait porté la toge blanche. Pour l’instant il faisait ses preuves en tant que chercheur. Il encadrait aussi des groupes d’élèves de temps à autres et assistaient les Patriarches qui requéraient son aide. C’était une élève que Lukas cherchait dans la bibliothèque. Une élève qu’il voyait souvent, elle avait vingt ans et était donc en dernière année d’étude. Elle avait choisi comme spécialité les sortilèges et enchantements, ceci étant le domaine de prédilection de Lukas, ce dernier était responsable du suivi des recherches de l’étudiante, bien qu’il ne fût son aîné que de quelques années.
Son pas rapide et cadencé agitait l’étoffe noire, souple et ample qu’il portait. Il connaissait la bibliothèque par cœur, et pour cause il avait passé une bonne partie de son enfance ici, à déambuler dans les rayons, à grimper les échelles de bibliothèque jusqu’en haut rien que pour toucher le plafond et bien sûr, à lire. A vrai dire il connaissait si bien cette bibliothèque qu’étant enfant il avait réussi plusieurs fois à y semer son père lorsque celui-ci venait le chercher en fin de journée pour le ramener à la maison. Aujourd’hui, Lukas pris la direction des étagères dédiées aux sortilèges et enchantements. Il adressa un signe de tête respectueux à un Patriarche qui croisa son chemin, suivi de près et en silence par un groupe de toges blanches encapuchonnées. Après s’être enfoncé dans les méandres de la bibliothèque, il arriva dans une petite allée où il trouva une jeune femme, elle aussi enveloppée de tissu blanc, qui lisait un livre, assise à une table, à la seule lumière d’une unique bougie.
- Bonsoir Ambre, dit Lukas en posant sa main sur l’épaule de l’étudiante.
Cette dernière sursauta et dans sa panique éteignit l’unique cierge qui lui faisait de la lumière. Lukas alla s’asseoir en face d’elle et ralluma sa bougie d’un revers de main.
- Maître Ustaz, je ne vous avais pas entendu arriver, dit-elle le souffle court.
- Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler Maître, c’est réservé au Patriarche, dit Lukas en souriant en coin. Le seul Maître Ustaz ici, c’est mon père.
- Je suis désolée… Maître, répondit l’étudiante sur un ton salasse de défi.
Ambre avait les cheveux bruns et ses yeux verts dévoraient Lukas sans la moindre once de honte ou de gêne. Lukas, lui, évitait de croiser son regard, il savait qu’avec elle ça pouvait partir très vite. Et il était là pour le travail.
- Alors cette étude de cas, ça avance ? demanda-t-il, espérant ainsi que la jeune femme retire son pied de son entrejambe.
L’effet escompté fut produit : elle calma ses ardeurs. Elle sembla même très mal à l’aise.
- Je… c’est-à dire que… balbutia-t-elle. Non, je n’y arrive pas. C’est trop dur, l’algorithme de ce sort est trop instable. Maître Ustaz, vous êtes trop dur avec moi, ce sortilège n’est répertorié nulle part…
Lukas n’en avait en réalité rien à faire de cette étude de cas. De toute façon il savait pertinemment qu’Ambre n’était pas douée pour les sorts et enchantements. Il la trouvait même d’une stupidité assez époustouflante. Elle avait sûrement dû rentrer au Collège grâce aux relations de son père, un quelconque aristo, un de plus à Vienne.
- C’est pas grave, dit-il avec fausse compassion. De toute façon je ne venais pas pour ça.
Les yeux d’Ambre se mirent à briller, elle se mordit les lèvres et ses jambes s’agitèrent encore une fois sous la table.
- J’ai besoin de toi pour une expérience, murmura Lukas en s’avançant au-dessus de la table.
- Ho non ! murmura-t-elle avec véhémence. Pas encore ! J’en ai marre de me retrouver tout le temps à l’infirmerie. Quelle excuse on va trouver cette fois ? Aux yeux de tous j'ai l'air d'une idiote qui passe son temps à tomber dans les escaliers et à perdre connaissance. Non, maintenant ça suffit, j’veux plus, finit-elle en croisant les bras avec un air boudeur.
Quelle idiote, pensa Lukas. Elle ne sert vraiment à rien.
- Très bien, dit-il en se levant. Continue de plancher sur cet algorithme, si tu n’arrives pas à le résoudre pour demain et à stabiliser la base du sortilège, tu te trouveras un autre Liseur.
Sur ce, il s’en alla suivi par ses trois cierges qui virevoltaient autour de lui.
- Attendez, dit Ambre en le rattrapant.
Lukas sourit intérieurement. Il était un Liseur populaire. Tout le monde savait qu’il était fils de Patriarche, et tout le monde savait également qu’il avait été adopté et que c’était un enfant des rues, et ça lui donnait un air de rebelle. Il était considéré comme un électron libre, comme faisant partie de cette communauté tout en étant à part. Cela attirait beaucoup de gens, hommes et femmes, qui pensaient se libérer des carcans de l'aristocratie en fréquentant un 'voyou' tel que Lukas. Et puis ses talents en matière de sortilèges et enchantements finissaient de parfaire son image, ou peut-être était-ce le fait qu’il fut beau comme un dieu, une beauté si froide et si envoutante. Ambre était une des nombreuses personnes qui étaient volontairement tombées sous son charme.
- Que diriez-vous d’un échange de bons procédés ? demanda-t-elle sur un ton plus que révélateur.
Lukas se retourna et elle était là, entièrement nue, sa tunique blanche à ses pieds, son corps de jeune femme uniquement éclairé par la faible lumière de son cierge.
- Tu ne portes jamais de sous-vêtement sous ta toge ? demanda Lukas sur un ton neutre.
- Pas quand je sais que vous venez me voir, répondit-elle en se rapprochant du Chercheur de Sorts.
Elle posa ses mains sur sa poitrine et très vite les laissa glisser jusqu’à l’entrejambe de Lukas.
- Mais vous non plus Maître, vous n’en portez pas, est-ce que tout cela n’était finalement pas planifié depuis le début ?
- Non. Je n’en porte jamais, répondit Lukas, toujours sur un ton neutre.
Pas qu’il était insensible aux charmes de la demoiselle, Ambre avait à présent entre les mains quelque chose pour prouver le contraire, mais il était légèrement dépité. Il savait qu’à partir du moment où un de ses élèves commençait à utiliser le sexe comme moyen de pression pour le coincer de la sorte, cela devenait dangereux à bien des niveaux. Il n’eut pas vraiment le temps de réfléchir qu’Ambre l’avait déjà entièrement déshabillé. Ils se tenaient, là, nus tous les deux, entourés par quatre cierges, les environs étaient sombres et vides. Ce n’était pas la première fois, mais d’habitude c’était Lukas qui était maître de la situation, les rôles avaient changé à présent et ça l’énervait.
- Je ferai tout ce que vous voudrez, dit Ambre avec un air salasse.
- Tout ?
- Tout.
Lukas leva la main et pianota des doigts dans le vide. Les cierges s’en allèrent laissant l’allée dans le noir le plus total. La jeune femme se retrouva plaquée contre une étagère de livres et hurla de douleur. Lukas était derrière elle. Les ondulations de son bassin était à la fois violemment sauvages et sensuellement suaves. Les cris de douleur d’Ambre avaient bientôt pris la forme de cris d’exaltation. A plusieurs reprises elle essaya de griffer les fesses musclées de Lukas, lequel répondait par des coups de rein encore plus puissants. Les bruits sourds de leurs ébats se perdaient dans l’immensité de la bibliothèque. Lukas retourna Ambre et celle-ci enroula ses jambes autour du bassin du Chercheur de Sorts. Elle porta ses mains à sa gorge et essaya de l’étrangler, Lukas la fit lâcher prise en intensifiant ses mouvements de bassin. Tout en exultant d’un plaisir incontrôlé, Ambre planta ses ongles dans le dos musclé du Liseur. Celui-ci réprima un cri de douleur. Puis il la porta jusqu’à la table la plus proche sur laquelle il la laissa tomber. Elle allongée sur le dos, lui débout, leur corps ruisselèrent de sueur. La jeune femme dut se mordre les lèvres pour ne pas laisser échapper un cri au moment fatidique. Lukas, lui, n’y était pas encore. Il continuait ses mouvements de bassin avec autant de force lorsqu’une lumière bleutée fut pointée sur lui, l’obligeant à plisser des yeux pendant un moment.
- Lukas, que faîtes-vous avec cette étudiante ? demanda un vieil homme, petit, gros, vêtu d’une tunique rouge et la baguette pointée sur le jeune homme.
Lukas n’arrêta pas ce qu’il était en train de faire. Amber voulut se relever et s’en aller mais un regard sombre de son Liseur suffit à l’en dissuader. Elle ferma les yeux et cacha sa poitrine.
- Qu’est-ce qui vous a décidé à sortir de votre cachette Maître Flitz ? demanda Lukas sur un ton de défi, les trais de son visage tirés par l’effort fourni.
- J’avais oublié vos talents en Légilimencie, répondit le Patriarche légèrement troublé.
- Rien à voir, répliqua Lukas. J’ai entendu vos pas lourd de gros porc lorsque vous êtes entré dans la bibliothèque et senti votre odeur lorsque vous avez commencé à vous tripoter en nous regardant.
- J’exige du respect, Lukas, s’écria le Patriarche décontenancé. Et arrêtez de… Arrêtez ça tout de suite… avec cette fille.
- Vous avez sans doute raison, Flitz, répondit Lukas en accélérant ses mouvements de bassin. Les relations entre élève et professeur sont proscrites, n’est-ce pas ? Pourtant ça ne vous a pas empêché, vous, de passer votre main sous ma toge lorsque j’étais encore élève, hein ?
Le Maître Flitz devint rouge écarlate. Lukas était sur le point d’arriver au moment fatidique et pris un malin plaisir à regarder le Patriarche droit dans les yeux. Ceci fait, il se retira, récupéra la toge blanche d’Ambre et la lui lança. Lui resta nu, les bras croisé, récupérant son souffle, un léger sourire affiché.
- Je ne vous présente pas ma petite protégée ? dit-il en regardant Ambre se rhabiller timidement. Elle était plus que mal à l’aise. Vous l’avez comme élève dans votre cours d’Histoire des Révolutions du Monde Magique je crois.
- Vos protégées semblent toutes ne faire que passer, répondit le Patriarche avec un air suspicieux, toujours troublé par la nudité de Lukas. Maria, la dernière en date, est toujours en excursion au Pérou ?
- Oui, aux dernières nouvelles, répondit Lukas sur un ton neutre.
Un silence s’installa. Le Chercheur de Sorts fixait le petit gros tout rouge, tandis que ce dernier évitait son regard ainsi que le reste de son corps. Lukas pensait au corps de Maria, enterré sous une dalle de pierre dans une des salles de classe du Collège.
- Il viendra un jour où le fait que vous soyez le fils d’un Patriarche de Vienne ne suffira plus à vous couvrir Lukas. Ce jour là, j’ai bien peur que le flot de révélations à votre sujet ne vous fasse défaut à un point que vous n’imaginez même pas. Vos sombres secrets finiront par vous happer dans leur propre obscurité.
- Merci pour l’avertissement, répondit le jeune homme sur un ton sec.
- Quoiqu’il en soit votre père, m’envoyais vous chercher. Les familles ont recommencé à se battre dans l’esplanade principale, les duels risquent de durer au moins toute la nuit cette fois.
Lukas s’avança vers le Patriarche, il était beaucoup plus grand que lui. Les bras croisé, encore entièrement nu, il s’approcha de vieil homme pour ne s’arrêter qu’à quelques centimètres de lui.
- Dites à mon père que j’arrive immédiatement, murmura Lukas avec un léger sourire.
La Patriarche déglutit difficilement.
- Venez mon enfant, je vais vous raccompagner, dit-il finalement à l’adresse d’Ambre.
- Inutile, je m’en charge, dit Lukas alors que la jeune fille avait esquissé un mouvement de départ.
Le regard inquisiteur, le Patriarche finit par s’en aller. Quelques cierges revinrent entourer Lukas et Ambre de lumière.
- Vous croyez qu’il va parler ? demanda la jeune fille qui commençait sérieusement à s’inquiéter pour son avenir au sein du Collège.
- Flitz ? Non, répondit Lukas. Il en a perdu la possibilité le jour où il a commencé à me tripoter. Je vais me rhabiller, tu peux te retourner ?
Ambre ne comprenait rien. Ils venaient de s’envoyer en l’air et maintenant il ne voulait plus qu’elle le voit nu. C’était insensé, mais elle s’exécuta et tourna le dos à son Liseur. Il lui avait fait peur cette fois-ci, leurs ébats avaient toujours été plus au moins brutaux mais là, c’était différent. Elle songea que c’était sans doute la dernière fois qu’elle verrait le corps nu de Lukas. Au moment où cette idée lui traversa l’esprit, une voix à l’intérieur de sa tête retentit « Ho oui ma chérie, c’est la dernière fois. »
Une lumière verte l’enveloppa.






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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

► MESSAGES : 294
Mer 12 Jan - 19:03



C'ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS QU'IL VOYAIT DES HOMMES, MAIS D'UNE MANIÈRE CONFUSE, INEXPLICABLE, IL SENTAIT QU'IL LES CONNAISSAIT ❖
    30 MARS 2003

Dans les hautes sphères de la société sorcière viennoise, toute bonne famille se devait d’aller se pavaner à un bal mondain au moins une fois par semaine. Au cours de ces soirées, les discussions, dégoulinantes d’hypocrisies et saupoudrées de manières, devaient suivre un code précis. Il était de rigueur de respecter le rang de chacun, de ne pas parler de sujets qui froissent, ou encore, de complimenter une demoiselle pendant une heure et quarante trois minutes, précisément, avant de ne pouvoir ne serait-ce que de l’inviter à une danse d’une minute trente. Il est bien sûr évident que les grossièretés, les émanations gazeuses diverses et variées, les vêtements non-neufs, et toutes activités ou états allant à l’encontre de l’éthique étaient prohibés. En revanche, il allait de coutume de poignarder son ennemi secret avec la pelle à tarte, une fois le dessert terminé. Il n’était donc pas rare d’entendre un cri en fin de repas, suivi de très près par un « Qui s’est fait empaler cette fois ? ». Cette coutume représentait bien toute l’hypocrisie de l’aristocratie sorcière de Vienne. Généralement, l’empalé et l’empaleur repartaient de la soirée bras dessus bras dessous, bien que, secrètement, tous deux eussent voulu la mort de l’autre. S’il y a bien une chose qu’il ne fallait pas faire au cours de ces bals, c’était mettre en branle l’ordre établi. Et s’il y avait bien une chose que Lukas Kellen Ustaz savait faire, c’était ça.
- Pourquoi cherchez-vous à créer un tel sortilège ? s’étonna un gros monsieur, un verre de vin à la main.
- Parce que l’on devrait avoir le choix, répondit Lukas au patriarche avec circonspection.
Quelques rires étouffés provinrent du cercle de gens qui s’était formé autour des deux interlocuteurs.
- Pensez-vous pouvoir trouver le sortilège inverse ? Celui qui donnerait des pouvoirs magiques à un moldu ? demanda-t-il en finissant par éclater de rire face au ridicule de sa propre question.
Il fut immédiatement suivi dans son hilarité par les autres sorciers.
- Non, cette configuration est impossible, répondit Lukas avec sérieux. Elle se heurte aux lois fondamentales de la magie. La création à partir de rien est inexécutable. Avec ce sortilège, on ne fait que modifier un état. Un état qui s’avère être temporaire, mais si l’on trouve la clef de verrouillage adéquate…
- Et bien ? demanda le gros patriarche afin de délibérément couper Lukas dans l’élan de ses explications.
- C’est assez simple. Plus la clef de verrouillage du sortilège est puissante, plus l’enchantement durera. Si la clef de verrouillage parfaite est trouvée, l’enchantement est scellé à jamais, à moins que la clef de déverrouillage ne soit utilisée.
- Tout cela m’a l’air bien complexe mon cher Lukas.
- Dans une certaine mesure, ça l’est.
- On m’a dit que vous rencontriez des problèmes dans l’élaboration de ce sortilège. Hmmm, à quel niveau ?
- Le premier, l’élaboration même du sortilège, sa stabilité et…
- Oui, en somme tout cela n’est qu’un fantasme. Une illusion d’illuminé. Notre petit Lukas a toujours eu beaucoup d’imagination.
Comme la fois où j’ai transférer tes dents sur le haut de ton crâne pour former une bite, gros lard, pensa Lukas.
- C’est une quête qui vaut la peine d’être poursuivie, dit-il sans rien dévoiler de ses pensées profondes.
- Pourquoi ne pas se contenter pour le moment de mettre à jour le sortilège de Recurvite mon cher Lukas ? Les casseroles sales, ça c’est un vrai problème, dit le patriarche avec dérision.
- C’est peut être le votre. Ce n’est pas le mien.
La gouaille de Lukas fit glousser l’auditoire. Le patriarche devient rouge apoplectique et se pencha vers le Chercheur de Sorts pour lui murmurer de manière acidulée :
- Si vous ne voulez pas rester un moins que rien toute votre vie, si vous voulez faire honneur à votre famille, cessez vos enfantillages et mettez fin à cette folie des grandeurs ! Enlever ses pouvoirs à un sorcier, ce n’est pas humain ! Fut un temps on vous aurait brûlé sur un bûcher pour... ne serait-ce qu’avoir pensé cela !
- Fut un temps nous aurions tous été brûlés sur un bûcher. Et ce qui vous fait peur Patriarche, c'est que ce bûcher, je suis sur le point de le rallumer, répondit Lukas sans même faire l’effort de baisser d’un ton.
Des cris d’indignation montèrent de tout l’auditoire qui, maintenant, représentait plusieurs vingtaine de personnes.
- Vous avez perdu la raison Ustaz ! Vous faites honte à votre famille et à notre communauté ! Vous faites honte aux sorciers ! SOYEZ BANNI ! s’écria le patriarche usant de son autorité.
Joignant l’action à la parole, il sortit sa baguette et traça une croix devant la poitrine de Lukas. C’est ainsi que ce dernier ne put jamais remettre les pieds dans une telle soirée, à son grand bonheur. Il était même banni de la communauté et maudit d’une certaine manière, car s’il retournait à un bal de Vienne, peu importe son déguisement, ses oreilles se mettraient à cracher de la fumée et une odeur pestilentielle s’évacuerait de tous ses pores.
Mais cela importait peu à Lukas, de toute façon la clef de déverrouillage de ce sort de marquage était d’une simplicité édifiante.






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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

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Mer 12 Jan - 19:10



SI ON PREND UN MAUVAIS GARÇON ET QU’ON L’OBLIGE A CREUSER TOUS LES JOURS UN TROU EN PLEIN SOLEIL, IL FINIRA PAS DEVENIR UN GENTIL GARÇON. C’EST CE QUE PENSENT CERTAINES PERSONNES ❖
    3 JUIN 2005

Lukas marchait dans le couloir principal de l’appartement luxueux de ses parents. Ses cheveux d’ébène étaient trempés par la pluie. Il était suivi de près par Balto, son Berger de Beauce, un imposant chien couleur noir et feu, qui, au moment présent, ruinait le parquet ciré de ses pattes recouvertes de boue. Lukas s’en aperçut et d’un coup de baguette arrangea ça. Puis, de la même manière, il nettoya son chien qui fut saisi de tremblements le temps de l’effet du sort. Chaque fois que son maître utilisait la magie sur lui, cela le mettait en joie, il agitait sa queue et sautait partout invariablement. Lorsqu’une des domestiques vint prendre le manteau de Lukas, Balto lui sauta dessus, posant ses deux pattes sur les épaules de la femme au tablier.
- On vous attend dans la salle à manger Monsieur Lukas, dit-elle en essayant de s’extirper de l’étreinte pataude de Balto.
Le Chercheur de Sorts acquiesça d’un signe de tête et se dirigea vers la plus grande pièce de la maison. Immédiatement, Balto se désintéressa de la domestique et lui emboita le pas. Lukas portait une chemise blanche et un jean noir légèrement usé mais suffisamment pour provoquer l’indignation de certains membres de sa famille. Le dîner de ce soir avait été programmé par Ann Ustaz, la mère de Lukas, le matin même. Il y aurait son père, Karl, ainsi que ses deux impérissables grand-mères Margaret, la mère d’Ann, et Ida, la mère de Karl. Ce genre de dîner avait lieu environ toutes les deux semaines. Les habitudes étaient de tradition dans l’aristocratie et, bien que Lukas eût passé maître en l’art de les foutre royalement en l’air, il ne manquerait un dîner tel que celui-ci pour rien au monde car ils étaient généralement hauts en couleur.
- Ha le voilà, s’écria Ann en se levant de table pour se jeter dans les bras de son fils.
- Il est en retard, encore, murmura Ida de manière acerbe.
- Qu’est-ce que ça peut bien te faire vielle peau ?! Ton dentier n’est pas encore arrivé de toute façon, on n’aurait pas pu commencer à manger, lui répondit Margaret en la fusillant du regard.
La grande salle à manger contenait une grande table rectangulaire. Les deux grand-mères étaient assises chacune à un bout, tandis que Karl, Ann et Lukas étaient assis en son centre. Fut un temps Karl et Ann siégeaient en bout de table, mais il avait fallu séparer les deux grand-mères lorsque l’on s’eût aperçu qu’Ida versait une petite dose de poison dans le verre de Margaret à chaque repas.
- Et bien, ça promet ! dit Lukas en allant s’asseoir à côté de sa mère. Bonsoir papa, dit-il à l’adresse de son père.
- Bonsoir Lukas, tu as passé une bonne journée ? répondit celui-ci en dépliant sa serviette avant de la poser sur ses genoux.
- Oui, Balto et moi sommes allés nous promener au parc près de l'église des Augustins.
A l’entente de son nom, Balto aboya une fois. Il avait la tête posée sur les genoux de Margaret qui le caressait sans peur aucune.
- Ce sale cabot est encore là ? demanda Ida en s’étirant sur son siège pour essayer de l’apercevoir à l’autre bout de la salle.
- Tu dis ça parce qu’il ne t’aime pas, morue ! répliqua Margaret. Hein Balto ? Hein, que tu n’aimes pas cette vielle sorcière décrépie.
- Sorcière décrépie ? s’indigna l’autre. Moins que toi sûrement ! D’ailleurs je ne veux plus être dans la chambre juxtaposée à la sienne.
- Pourquoi ? demanda Karl.
- Parce qu’elle pue ! lança Ida alors qu’on lui apportait son dentier dans un verre d’eau.
Ann demanda aux domestiques d’apporter les plats.
- Nous avons fait préparer de la crème safranée aux St Jacques et langoustines, dit-elle à son fils.
Lukas acquiesça en souriant. Il était plus préoccupé par la partie de ping-pong verbale qui avait lieu entre ses deux grand-mères. Mais son père le ramena à des choses plus sérieuses.
- Comment ça se passe au Collège Lukas ? demanda-t-il. On ne se croise plus aussi souvent qu’avant.
- Je suis généralement à la bibliothèque et mes élèves me rejoignent là-bas également, répondit Lukas en se faisait servir des langoustines.
- Tes recherches avancent bien ? demanda sa mère.
- Hé bien… eut-il à peine le temps de dire.
- Toujours en train de chercher un moyen de retirer les pouvoirs des sorciers ? s’indigna Ida. Quel déshonneur pour notre famille ! Quelle folie ! Ça ne t’a pas suffit que le Patriarche Mushnik te marque ?
- Tais-toi vielle pie ! hurla Margaret.
Aussitôt une langoustine vola d’un bout à l’autre de la table. La mère d’Ann eut tout juste le temps de l’éviter et c’est Balto qui réussit à l’attraper en plein vol, tout content de lui.
Karl se racla bruyamment le fond de la gorge pour ramener le calme.
- On n’aurait jamais dû quitter l’Angleterre, dit Margaret.
- Mère, cela fait plus de trente ans, répondit Ann en soupirant légèrement.
- Oui, eh bien je ne l’ai toujours pas digéré, répliqua-t-elle. Quitter notre merveilleux château d’Ecosse pour venir s’installer dans cette satanée ville et me retrouver dans la chambre mitoyenne à celle de cette morue ridée, merci bien ! S’il y en a bien un qui a de la chance ici, c’est Lukas…
Un silence gêné s’installa.
- Pourquoi aurais-je de la chance ? demanda-t-il.
- Eh bien, au vu des derniers évènements et… balbutia son père qui n’était pourtant pas du genre à s’emmêler les pinceaux. Et des circonstances actuelles… nous pensons qu’il serait bien pour toi… que tu partes en Angleterre.
- Et je pars avec lui ! s’écria Margaret en frappant du poing sur la table.
- Tant mieux ! répliqua Ida en l'imitant. Le vagabond bâtard et la vielle folle qui dégagent, quelle magnifique journée !
- Mais je ne veux pas partir ! répondit Lukas indigné.
- Tu ne peux plus rester ici Lukas, dit son père avec un air désolé. Tes recherches te mettent en danger. Tu dois partir et reprendre tout à zéro avec plus de discrétion. La communauté des sorciers de Vienne n’aime pas le changement et toi tu l’incarnes plus que quiconque dans cette ville, nous craignons, ta mère et moi, pour ta sécurité.
- Mais… Et mon poste de Liseur au Collège ? Et puis je ne veux pas aller en Angleterre !
- Lukas, dit sa mère en prenant le visage de son fils entre ses mains. Tu dois quitter Vienne.
Plus que les explications de son père, le regard de sa mère était significatif. Ils avaient eu des informations que lui ne détenait pas. Quelqu’un voulait sa tête, à n’en point douter. Qui cela pouvait-il bien être ? La totalité des Patriarches de Vienne sans doute.
Lukas n’avait plus faim, il se leva de table et s’en alla, suivi par Balto la queue entre les jambes. Arrivé à la porte d’entrée, il fut arrêté par sa grand-mère Margaret.
- Attends Lukas, dit-elle en le rejoignant.
Elle marchait difficilement.
- Tes parents ont raison, tu n’as pas le choix. Tu dois partir, dit-elle. J’ai déjà tout arrangé pour toi. Dans une semaine, tu travailleras pour le Ministère de la Magie Britannique en tant que Chercheur de Sorts. Évite de te faire remarquer et fais attention, là-bas des gens malintentionnés pourraient chercher à utiliser tes recherches à de sombres fins. Lorsque tu arriveras en Angleterre, entre en contacte avec les Rocstone. Ce sont des vieux amis de la famille. Ils t’aideront.
- Merci, répondit Lukas dans un soupir, réalisant petit à petit qu’il devait véritablement quitter Vienne.
- Je te rejoindrai bien assez vite, mon enfant, dit Margaret. Prends garde à toi Lukas.






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Lukas K. Ustaz
PROFESSEUR de dcfm

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Mer 18 Mai - 0:49



L'HOMME IMAGINE, L'HOMME CROIT, ET C'EST SA FOI, CETTE FOI INALTÉRABLE, QUI DÉCLENCHE LES ÉVÉNEMENTS ❖
    28 AVRIL 1990


- Vous vouliez me voir Wulfric ? demanda Lukas en pénétrant dans le grand salon d’un riche appartement viennois.
L’endroit était immense tant par sa superficie au sol que par sa hauteur de plafond. De chaque côté, de grandes fenêtres aux vitraux colorés laissaient entrer une lumière tamisée et étrangement mystique ; enjoignant quiconque qui pénétrait les lieux à faire preuve de silence, de calme et, d’une certaine manière, de piété. Quelques fenêtres étaient légèrement ouvertes et laissaient un léger courant d’air estival pénétrer la pièce et mouvoir, lentement et à cadence irrégulière, les voiles de lin blanc, si finement brodés que presque transparents, qui faisaient office de rideaux. En nombreux endroits, le parquet était recouvert de tapis persans tandis que les murs étaient ornés de multiples tableaux qui remuaient dans leur cadre, calmement et toujours en silence. Cette apparente galerie d’art était pourtant un salon. Au fond de la pièce se trouvait une cheminée dont l’âtre en bois finement sculpté aurait pu contenir un éléphant et approximativement cinq mille trois cent douze souris. Le carré de canapés qui la juxtaposait eut offert de la place pour toutes ces souris de s’asseoir tandis que la table basse rectangulaire s’élançait en travers de la pièce comme une piste d’atterrissage d’aéroplane. Des bâtons d’encens se consumaient sur cette dernière, laissant échapper des filaments de fumées qui se dissipaient avant d’atteindre le plafond, libérant un parfum boisé enivrant. Le silence ambiant n’était perturbé que par des chœurs d’église dont les chants provenaient de l’extérieur et venaient légèrement trouver écho dans le salon.
Lukas n’avait jamais vu ces lieux aussi vides. D’ailleurs il ne les avait visités en tout et pour tout qu’à deux reprises et à chaque fois une foule de sorciers parés de leur plus belle robe emplissait les lieux comme lors de tout bal mondain à Vienne. Lukas avançait vers le carré de canapés. Balto, le beauceron au pelage feu et noir, le suivait sur ses talons. Ils se dirigeaient tous deux en direction d’un vieil homme assis qui fumait sa pipe avec la mesure d’une locomotive à vapeur. Il portait une robe de sorcier d’un vert émeraude et des lunettes rectangulaires presque invisibles à l’œil nu. Il se tenait droit comme inconfortablement installé et fixait, bien que son regard eût paru perdu dans le vide, deux objets qui se trouvaient posés devant lui sur la table basse : sa baguette et sa tabatière.
- Wulfric ? appela Lukas alors que le vieil homme ne semblait toujours pas s’être rendu compte de la présence du Liseur.
- Hm ? émit le sorcier en sursautant légèrement. Ha, Lukas. Je t’en prie, assis-toi.
Lukas prit place face au vieil homme. Wulfric était l’un des treize Patriarches de Vienne. Il avait été le professeur de Lukas, il y avait de cela quelques années. C’était un homme dur et puissant qui était respecté dans la capitale autrichienne, tout autant que sa grande famille.
- Ce tabac vient de Chine, commença le Patriarche.
Son regard perçait chaque nuage de fumée qui émanait de l’extrémité de sa pipe. Il ne quittait plus Lukas des yeux. Le jeune homme lui ne faisait rien pour rompre ce contact visuel non plus, acquiesçant sobrement tout au plus.
- C’est un tabac raffiné, reprit Wulfric. Pas aussi raffiné que celui que je faisais venir d’Amérique du Sud ; malheureusement les récoltes de ce dernier ont été particulièrement endommagées par le virus de la mosaïque du concombre. Vois-tu, ce virus s’attaque à…
- Vous m’avez fait venir car vous vous inquiétez pour votre fille, murmura Lukas, l’azur bleu de ses yeux planté dans le regard partiellement voilé par la cataracte du vieil homme.
- L’esprit n’est pas un livre que l’on peut ouvrir et fermer à sa guise Lukas… dit sèchement Wulfric.
- Disent ceux qui ne savent pas lire, murmura Lukas en coupant finalement le contact visuel.
- On dit que tu as eu bien du mal à trouver ton chemin dans ce labyrinthe qu’est la science de l’esprit.
Lukas ne répondit pas. Il regardait une collection de bonzaïs qui occupait un coin de la pièce.
- Où est ma fille Lukas ? éructa Wulfric en ôtant sa pipe de sa bouche.
Le visage du vieil homme prit une teinte cramoisie.
- Aux dernières nouvelles, elle se trouve toujours dans la région des hauts plateaux argentins, dit Lukas le regard à présent pointé vers le plafond.
- Aux dernières nouvelles ?! s’écria le Patriarche en se redressant et frappant du poing sur la table basse. Tu es son Liseur Lukas ! C’est toi qui l’as envoyée à l’autre bout du monde pour ses recherches. Tu es responsable de ma fille Lukas !
Le Liseur ne répondit rien. Il continuait de détailler les coins et recoins de l’immense salon.
- Lukas ! aboya Wulfric. Regarde-moi !
Imprudent, il croisa son regard. Trop tard. Le Patriarche avait attrapé sa baguette et s’était écrié :
- Legilimens !
Le viol de l’esprit était douloureux. A quelque chose près la douleur était comparable à celle ressentie par un magasin de porcelaine lorsqu’un éléphant de trois tonnes y faisait une entrée fracassante. Dans ce cas précis l’éléphant en question s’appelait Wulfric et cherchait une tasse particulière au beau milieu de milliers de services à thé.
Lukas n’avait pas eu le temps de l’empêcher de rentrer mais il s’efforçait à présent de le faire sortir. Toutes les portes de son esprit se fermèrent une à une à la volée, isolant l’intrus dans l’antichambre de ses pensées. Puis réunissant toutes ses forces psychiques il éjecta Wulfric hors de sa tête.
Le Patriarche fut soulevé de son fauteuil et bascula en arrière, glissant sur le parquet. Lukas se leva et Balto l’imita. Le Patriarche, toujours au sol, grogna de douleur. Le maître et le chien se dirigèrent vers la porte sans un regard derrière eux. Il y eut un sifflement et Lukas fut frappé en plein dos. Le sortilège le souleva du sol et le propulsa contre le plafond où il y resta comme collé. Balto alla se réfugier sous un meuble.
- Ma fille… murmura Wulfric en se relevant difficilement, sa baguette encore crépitante. Tu as tué ma fille…
Sa voix se perdait dans des sanglots de vieil homme tandis que son visage affichait à présent une colère et une haine des plus fortes. Il s’avançait dans le salon jusqu’à se trouver presque en dessous de Lukas. Sa baguette était pointée vers le Liseur, presque comme la suite logique de sa vielle main ridée et marquée par le temps.
- Vous faites… commença Lukas avec difficulté. Vous faites erreur Wulfric.
- J’ai vu en toi ! vociféra Wulfric.
- Je vous l’ai dit… vous ne savez pas lire…
Le visage de Lukas était collé comme le reste de son corps au plafond.
- Je ne l’ai pas tué, reprit-il. Elle n’a pas survécu, c’est différent.
- Comment oses-tu faire du l’humour… ENDOLORIS !
Le sort monta en piquée et foudroya Lukas. Des hurlements de douleur incontrôlés envahir la pièce.
- Tu auras une mort longue et douloureuse Lukas Ustaz, murmura Wulfric entre ses dents alors qu’il continuait d’asséner le jeune sorcier du sortilège de douleur.
Et puis le vieil homme fut frappé par Balto qui s’était jeté sur lui comme un boulet de canon. Lukas sentit les décharges de douleur s’interrompre et presque simultanément son corps plongea en direction du sol. Sa baguette en main, une danse du poignet et il s’arrêta dans sa chute à seulement quelques centimètres du sol.
Il y eut une explosion et Lukas sentit le corps de Balto glisser auprès de lui. Le beauceron ne se releva pas. Une deuxième détonation. Cette fois Lukas bloqua le sortilège d’un revers de baguette. Wulfric se fendit d’un rire dément.
- Lukas, Lukas, Lukas, dit le Patriarche avec un fin sourire. Je t’en prie, relève-toi. Faisons-le à la loyal.
Lukas s’était agenouillé auprès du corps de Balto. Des larmes vinrent s’échouer sur le pelage noir et feu de l’animal. Il semblait dormir. Il était encore chaud.
- Tu pleures ta bête, mais tu n’as eu aucun scrupule pour ma fille ?! DEBOUT ! rugit le vieil homme.
Le sorcier se releva lentement. Il évitait le regard du Patriarche et commença à marcher. Les deux duellistes évoluaient suivant un cercle, l’un attendant le prochain geste de l’autre.
- Elle a crié. Beaucoup, murmura le Liseur.
- Lukas, maugréa Wulfric comme s’il perdait patience face à l’insoutenable.
- Et puis quand elle a su qu’elle ne passera pas la nuit… Quand elle a su qu’il était trop tard… Quand elle a su que j’avais été trop loin… Elle s’est laissée aller…
- Lukas ! répéta le vieil homme.
- Elle délirait. La douleur avait déchiré son esprit. Elle me prenait… pour vous.
Le ton de Lukas était des plus monocordes. Il narrait cette histoire abominable comme un discours ennuyant de politicien. Les traits de Wulfric étaient tirés par la colère et ses yeux humides d’accablement.
- Finalement, c’était comme si vous, vous l’aviez tuée… La dernière chose que ses yeux lui ont permis de voir, c’était vous mettant fin à l’expérience.
- Maria… sanglota Wulfric. Qu’est-ce que tu lui as fait ?
- Moi ? Rien. Elle était parfaitement consentante… Au début. Voyez-vous, je travaille sur un nouveau sortilège. Je devais faire des expériences. Je n’ai pas eu grand mal à convaincre votre fille.
- Ma fille… Une expérience ?
- Je travaille sur un sortilège capable d’annihiler les pouvoirs magiques d’un être. Elle n’a pas survécu. Je suis sûr qu’elle en est désolée. D’une certaine manière, vous pouvez être fier d’elle. Elle a donné son corps, son âme et tout son être à la recherche…
- ASSEZ ! hurla Wulfric. Tu es un monstre ! Un de la pire et la plus dangereuse espèce qui soit : ceux qui n’en ont pas l’air. Elle t’aimait…
- Ha, fit Lukas en s’arrêtant de marcher. Vous voyez que vous y venez aussi : je n’y suis pour rien. ‘L’Amour est le plus grande des illusions’, c’est vous qui m’avez appris ça lorsque vous étiez encore mon professeur.
Il y eut un silence au cours duquel Wulfric parut particulièrement accablé et sujet à une douleur morale sans égale. Il semblait encore plus vieux qu’il ne l’était il y a quelques minutes lorsqu’il fumait sa pipe assis sur le canapé. Des cernes coulaient de ses yeux rouges et il était courbé sur lui-même. Puis dans un effort ultime il se redressa de tout son long et pointa sa baguette sur Lukas. Ce dernier fit de même. Deux éclairs rougeoyants s’entrechoquèrent dans une détonation dantesque. Les deux sorciers maintinrent le lien avec difficulté face à la force des sortilèges. Des arcs de lumières fusaient à travers la pièce détruisant des pièces du mobilier. L’atmosphère était de plus en plus lourde. Le faisceau devenait de plus en plus rouge jusqu’à atteindre une teinte écarlate. Lukas sentait la chaleur envahir sa main de baguette. Il fit un pas en avant. Le Patriarche fit de même. Une avancée aussi difficile que celle qui allait à l’encontre d’une tempête. Plus ils avançait plus le faisceaux rougeoyait et se muait en une sphère incandescente. Un autre pas. Puis un autre. Les deux sorciers ne se trouvaient plus qu’à quelques mètres l’un de l’autre.
- Tu as encore beaucoup à apprendre Lukas, dit Wulfric entre ses dents serrées.
Le Patriarche releva sa baguette et la sphère s’éleva comme pour happer Lukas. Ce dernier n’eut d’autre choix que de s’agenouiller au sol et de se protéger de sa baguette alors que, progressivement, le vieil homme poussait la sphère à avaler le Liseur. Un sourire dantesque tirait les traits du visage du Patriarche. Lukas ferma les yeux, la chaleur commençait à l’étouffer. Puis il se releva d’un bond en laissant échapper un cri rauque. La sphère diminua de taille, aspira tout bruit environnant, puis implosa dans un bruit tonitruant. Le Patriarche fut projeté au-dessus de la porte d’entrée du salon avant de retomber au sol tandis que le corps de Lukas vrilla à travers l’immense salon pour aller s’échouer sur la longue table basse. Tout le mobilier fut projeté contre les murs. Les vitres explosèrent avec fracas. Le parquet prit feu ainsi que certains rideaux de lin. Une chaleur insupportable envahit la pièce alors que les chœurs d’église venant de l’extérieur étaient partiellement étouffés par les craquements du feu.
Lukas perdit connaissance.

Il fut ramené à ses esprits lorsqu’un éclair de lumière verte fusa à quelques centimètres de son visage pour aller s’écraser près de la cheminée. Il ne savait pas combien de temps il était resté inconscient. L’odeur de brûlé était très forte mais les rideaux de lin avaient arrêté de se consumer. Ils avaient laissé place à des lambeaux de tissu noirs et carbonisés qui flottaient au gré du vent. Le parquet devait toujours être en train de brûler par endroit car Lukas pouvait entendre quelques craquements significatifs. Il y eut un deuxième éclair vert tout aussi mal ajusté. Lukas en déduit que le Patriarche ne s’était toujours pas relevé mais essayait de s’assurer de la mort du Liseur. Tout le corps de ce dernier était endolori. Lukas commença par vérifier que tous ses membres répondaient présents. Ceci fait, il releva légèrement la tête. Les fauteuils l’empêchaient de voir Wulfric, et l’évitaient d’être vu par ce dernier également. Il finit par se mettre en position assise. Son regard croisa celui du Patriarche qui écarquilla les yeux. Il était assis contre la porte et à l’aperçu du Liseur lança un nouveau sortilège de la mort en sa direction. Lukas se protégea en faisant voler une dizaine de fauteuils sur la trajectoire du sort d’un revers de baguette quasi désespéré.
Le Patriarche s’était relevé et avançait d’une démarche claudicante dans le salon, la baguette tendue devant lui. Lukas se tenait debout sur la table basse. Il leva sa baguette et un flash de lumière envahit la pièce forçant le Patriarche à s’arrêter et à couvrir ses yeux de son bras. Puis il eut un craquement sourd. Le vieil homme leva la tête. Le plafond s’écroulait libérant d’immenses blocs de pierre. Décrivant un cercle au-dessus de lui, il réduit les épais tronçons de roche en poussière ; comme s’il les avait passés au tamis. Le salon, tout d’un coup partiellement à ciel ouvert, fut violemment illuminé par la lumière extérieure.
- Aurais-tu pour ambition de tuer un Patriarche de Vienne, Lukas ? demanda Wulfric sur un ton sénilement démoniaque.
- Mes ambitions vont bien au-delà de votre mort Wulfric, répondit le Liseur avec arrogance.
- Sombre fou… dit le vieil homme avec dépit.
Une série de flèches d’or provinrent de la baguette du Patriarche et fondirent sur Lukas en émettant des cris stridents de furies enragées. Ce dernier se protégea à l’aide d’un bouclier de lumière violette qu’il fit apparaître in extremis. Les flèches le percutèrent dans un GONG ! tonitruant puis filèrent vers le plafond, y perforant encore davantage le voute.
A présent, Wulfric faisait tournoyer sa baguette au-dessus de sa tête. Lukas était sur ses gardes attendant le moment où le vieil homme allait lancer sa prochaine attaque. N’ayant rien vu venir, il s’écroula sur la table basse. Une branche de bonzaï s’était enroulée autour de sa jambe. Lukas eut tout juste le temps d’apercevoir le petit arbuste japonais sauter de son pot et muer en une créature énorme qui s’employait à lui ligaturer tout le corps. Lui, de son côté tentait de taillader, en fendant l’air avec sa baguette, tout ce qu’il pouvait du végétal qui s'appliquait à présent à l’étouffer. Mais bientôt, sur les ordres du Patriarche, le bonzaï mutant se mit à entreprendre d'arracher la baguette du Liseur. Lukas avait bientôt atteint le plafond alors que cette hydre d’écorce et de branchages grandissait. Puis la créature s’engouffra dans le trou béant de la voûte du salon et Lukas se retrouva à l’extérieur presque entièrement ligoté par les branches. Une d’entre elles finit par réussir à lui attraper le poignet gauche. Il eut tout juste le temps de le faire vriller pour exécuter un dernier sort. Et celui-ci ne put être qu’un sortilège d’illusion, domaine de prédilection des sorciers viennois. Des dizaines de Lukas apparurent au sein des branches du bonzaï plongeant ce dernier dans une confusion des plus totales. Il se mit à se mouvoir dans tous les sens, tenant d’agripper toutes les illusions du Liseur. Profitant de ce chambardement, Lukas en profita pour libérer son poignet de l’emprise du bonzaï et d’apposer le bout de sa baguette sur le tronc. Il ferma les yeux, murmura quelque chose et le végétal tout entier se mit à se tordre dans tous les sens, perdant de l’ampleur, se dégonflant comme un château gonflable qu'on aurait percé et s’affaissant vers le salon en contrebas. Les illusions de Lukas disparurent instantanément et ce dernier glissa sur le parquet.
Il fut immédiatement levé du sol et sa trachée se ferma. Wulfric, sa baguette braquée sur Lukas qui était suspendu à une cinquantaine de centimètres du sol, s’avançait à pas mal assuré vers le Liseur.
- Le monde ne se portera que mieux sans toi, Lukas… commença-t-il, tandis que Lukas étouffait, ses jambes battant l’air comme un pendu. Il n’y a pas d’avenir pour les révolutionnaires. Quant aux visionnaires, ils meurent tous prématurément. Puisses-tu emporter tes recherches hérétiques dans ta tombe…
Le visage de Lukas avait pris une teinte bleutée. Ses jambes ne bougeaient presque plus. Il était parcouru de quelques spasmes erratiques tout au plus. Dans un dernier effort, son regard vide plongea dans celui du Patriarche. Lukas pénétra son esprit, non pas avec l’intention d’en soutirer quoi que ce soit mais avec celle de faire mal. Il rentra avec force et sévit avec rage dans l’antichambre des pensées du Patriarche. Avant que l’esprit de ce dernier n’ait eu le temps de mettre en place les protections psychiques adéquates, il fut infiltré dans ses profondeurs par celui de Lukas qui cherchait à prendre le contrôle des zones motrices.
Lukas tomba à genoux sur le sol et l’air entra dans ses poumons avec une fulgurance douloureuse. Il fut pris d’une quinte de toux qui lui brûla la gorge. Wulfric titubait en arrière, il se tenait la tête entre ses mains et rugissait de douleur. Sans doute dans un but ultime de se protéger, le Patriarche relâcha un Feudeymon dont les flammes se propagèrent à grande vitesse et semblaient se fier à leur propre instinct.
Lukas recula jusqu’à la cheminée, forçant les flammes à se tenir à distance. Il réalisa que le Patriarche, toujours sous le coup de douleurs psychiques, ne contrôlait pas le sortilège de flammes destructrices. Ils allaient y rester tous les deux.
Toute la pièce se consumait et bientôt, gagnant des forces, le Feudeymon pris l’aspect d’un véritable dragon de feu. Lukas se réfugia dans l’âtre de la cheminée où il tenta de rester caché. Il vit alors un tableau tombé au sol un peu plus loin qui représentait un paysage marin. C’était sa dernière chance.
Il accourut vers l’œuvre d’art et s’en empara. Le dragon de feu l’aperçut. Il n’y avait plus aucun signe du Patriarche qui avait dû abandonner toute tentative de contrôler cet effroyable sortilège. Lukas pointa sa baguette sur le tableau et la mer qui y était dépeinte commença à se vider hors du cadre. Un tsunami d’eau salée se déversa dans le salon. La pression était tellement forte que Lukas ne put tenir le tableau entre ses mains plus longtemps. Il fit quelques pas en arrière. L’effroi se lisait sur son visage alors qu’il avait l’impression de se trouver dans un four à chaleur tournante thermostat 9. Le dragon de feu se redressait de tout son long et s’apprêtait à frapper. Lukas fit vriller sa baguette et un geyser d’eau sous la forme d’un Léviathan vint sauter à la gorge du Feudeymon. Les deux créatures se livrèrent un combat acharné pendant quelques secondes. La lutte pris fin lorsque le Léviathan étouffa le Feudeymon en le submergeant totalement et en le forçant à s’engouffrer dans le tableau. Enfin, toute l’eau se retira dans le cadre comme à travers le siphon d’un évier.
Lukas était recroquevillé dans un coin du salon. Trempé jusqu’aux os et la respiration haletante, il regarda autour de lui. Toute la pièce était carbonisée, noire et humide. Il restait une dizaine de centimètres d’eau au sol. Le ciel s’était couvert et il se mit à pleuvoir une pluie fine dans le salon à travers le trou béant du plafond. L’endroit tout entier ressemblait à l’Enfer qui venait d’être passé à la machine à laver.
Il se releva tant bien que mal. Tout corps était courbaturé. Chacun de ses pas lui était douloureux. La pluie s’intensifia et vint faire écho à l’eau au sol. Lukas aperçut le corps de Balto qui avait glissé sous un canapé. Il s'en approcha et l'attira à lui. Il était froid. Puis il vit Wulfric. Le vieil homme était allongé au sol, face contre terre. Son dos était partiellement brûlé. Contre toute attente il bougeait encore. Il pencha sa tête légèrement sur le côté et croisa le regard de Lukas. Les deux sorciers se regardèrent pendant quelques secondes, immobiles comme un chasseur et une proie ; sans savoir qui des deux était la proie ou le chasseur. Soudain, le Patriarche tenta d’attraper sa baguette qui se trouvait à quelques centimètres de lui. Lukas fut plus rapide et la propulsa hors d’atteinte du vieil homme. Puis, toujours à l’aide de sa baguette, il fit se retourner le Patriarche sur le dos. Le Liseur s’approcha de son ancien professeur et s’accroupit près de sa tête.
- Votre fille m’a été d’une grande utilité, dit-il avec une certaine démence dans la voix. Et vous allez m’être tout aussi utile.
- Il vaut mieux pour les gens qu’ils ne te soient pas utiles… murmura Wulfric comme si chaque mot lui en coûtait.
Lukas rit légèrement puis dit avec un fin sourire :
- C’est fou comme les gens aux portes de la mort sont capables de faire preuve d’une lucidité hors du commun…
Le Liseur se releva et pointa sa baguette sur la Patriarche.
- Ils te retrouveront Lukas, dit le vieil homme. Tu n’as jamais compris que les illusions ne protègent pas de la réalité.
- Avada Kedavra ! énonça distinctement Lukas.
Il fallait faire vite à présent.

Lukas s’appliquait à faire tournoyer sa baguette autour du cadavre du Patriarche, décrivant des courbes complexes mais précises.
- Discerpere Anima, répéta-t-il à plusieurs reprises.
Une ombre sembla émaner du corps du vieil homme, comme aspirée par la baguette de Lukas. Puis elle se mit à transpercer le Liseur de part en part. Il tomba à genoux. La douleur était insupportable. Il ne put réprimer un cri dantesque. Aucune douleur qu’il avait expérimentée auparavant n’était comparable à celle-ci. Sa vue se brouillait. Tous ses sens étaient altérés. Il vomit à plusieurs reprises tandis que l’ombre continuait de la pourfendre de tous les bords. Il chercha sa baguette pour y mettre un terme mais c’était déjà trop tard. Il se sentit vide. Il continuait de vomir ses tripes. Sa poitrine comprimée ne lui permettait plus de respirer. Lorsque soudain une deuxième ombre sortit de sa bouche et flotta devant lui. Il allait étouffer. La première ombre s’était jetée sur la deuxième et la scinda en deux avec sauvagerie. Lukas voulu crier toute sa douleur mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il allait mourir. Il était sur le fil. La limite entre la vie et la mort était si fine. Il allait basculer.
Dans un ultime effort, il pointa fébrilement son doigt sur Balto. Une des deux moitiés de l’ombre qu’il avait vomie fila vers le corps de l’animal et l'imprégna. L’autre moitié s’introduisit de nouveau dans la bouche du sorcier et acheva de lui faire perdre connaissance de douleur.

L’âme du Patriarche, elle, s’évanouit.










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❖ Et tout vacilla.

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